L’ascenseur s’arrête au troisième avec un ding sourd. J’en sors, sac de courses en main, clé dans la serrure de mon 3B. Le palier est désert, odeur de peinture fraîche et de plat turc du dessous. Bruit de porte qui claque au 3A. Philippe. Mon voisin, le beau gosse célibataire qui sculpte nu à sa fenêtre. Nos regards se croisent. Son sourire en coin, mon cœur qui cogne. ‘Salut, Griotte’, murmure-t-il, voix rauque. Je sais ce que ça veut dire. La tension monte d’un cran. Mes cuisses se serrent. Il s’approche, trop près. Son odeur, mélange de whisky et de sueur d’atelier. ‘Viens’, souffle-t-il. Pas de bonjour, pas de bla-bla. Je lâche mon sac. La porte de chez lui s’ouvre en grinçant. On franchit le seuil. Le couloir résonne d’un pas lointain, deux étages plus bas. Vite.
À l’intérieur, lumière tamisée, vue sur les vignes de Saint-Vit par la fenêtre entrouverte. Rideaux qui claquent doucement au vent. Il me plaque contre le mur du salon, bouche sur la mienne. Dure déjà, sa trique contre mon ventre. ‘Putain, t’es bonne’, grogne-t-il bas. Je griffe son dos sous la chemise. Nue en dix secondes. Lui aussi. Pas de lit. Direct sur le tapis, position missionnaire. Mes jambes s’enroulent, pieds noués dans son dos. ‘Vazymusalo !’, je feule en turc, incontrôlable. Il accélère, pilonne fort. Mes poumons pointus écrasés contre son torse. Bassin qui roule, tangue. Cuisses en étau. Bruit de chair qui claque, étouffé par mes dents sur son épaule. ‘Chut, les voisins’, halète-t-il. Mais je m’en fous. L’adrénaline du risque. Quelqu’un tousse dans l’escalier. On s’immobilise une seconde, puis il repart, plus sauvage. ‘Te défonce ton abricot’, murmure-t-il. Je hurle dans sa bouche, orgasme qui monte. Le général Sper lâche tout. Chaud en moi. Je tétanise, décibels retenus en corne de brume muette. Vue par la fenêtre : lumières du village, silhouettes lointaines. Si près, si risqué.
L’approche au palier : tension électrique
Calme plat après. Souffles lourds. Il m’embrasse tendre. ‘T’es ma pieuvre lubrique’. Je ris bas. Peau moite, brûlante. Je me lève, jambes tremblantes. Ramasse fringues éparpillées. Culotte trempée. Il me regarde partir, sourire complice. J’ouvre sa porte. Couloir vide. Bruits normaux : télé du 3C, ascenseur qui descend. Je traverse pieds nus, clé en main. Chez moi, verrou tourné. Miroir : cheveux en bataille, lèvres gonflées, marques rouges sur le cou. Sourire coquin. Personne ne sait. La voisine tranquille, fille de l’épicier turc. Cuisses qui frottent encore, brûlure intime. Demain, au palier, regards innocents. Mais ce soir, le frisson persiste. À quelques mètres. Proche. Dangereux. Irrésistible.