Le palier du deuxième sent le bois verni et la cire d’abeille. Lumière jaunâtre du plafonnier qui bourdonne faiblement. J’ai laissé ma porte sur le loquet, juste entrouverte. Minuit passé. Les Faure dorment déjà, leurs gosses Louise et Maëlle ne rigolent plus depuis des heures. En face, Serge ronfle sûrement dans son silence de vieux garçon. L’ascenseur gémit en s’arrêtant au premier, porte qui s’ouvre avec un cling métallique. Pas lui. Des pas légers dans l’escalier, tapis rouge qui étouffe le bruit. Il descend des mansardes, sous les toits. Je reconnais sa foulée, nerveuse, jeune. Il passe devant les vieux du premier, silence total. Arrive à mon palier, ombre dans la pénombre.
Ses yeux brillent. ‘Iolanda…’, souffle-t-il, voix rauque. Mon cœur cogne comme un marteau. ‘Chut. Viens.’ Sa main effleure mon bras, frisson électrique. On reste là, figés, à deux mètres de chez les Faure. L’air est lourd, chargé d’adrénaline. ‘Pas ici. Monte avec moi’, murmure-t-il, insolent. J’hésite, l’escalier craque sous les étudiants parfois. Mais je suis déjà trempée. On grimpe vite, main dans la main, essoufflés. Palier du troisième vide, Serge ne sort jamais la nuit. Quatrième, madame Lemesle éteint sa lumière. Dernier étage, mansardes minuscules, musique lointaine d’une fête finie. Sa porte s’ouvre sur une pièce étroite, lit défait, vue sur le boulevard Richard Lenoir pluvieux, phares des voitures qui filent.
L’Approche : Tension sur le palier
Il me plaque contre le mur dès la porte refermée. Bouche sur la mienne, langue vorace. ‘T’es bonne ce soir’, grogne-t-il bas. Ses mains sous ma jupe, culotte arrachée d’un coup sec. Je gémis, étouffé dans son cou. ‘Ferme-la, les autres vont entendre.’ On tombe sur le lit qui grince à peine, matelas fin contre le plancher. Il me retourne, cul en l’air. ‘Regarde par la fenêtre, imagine les vieux en bas qui matent.’ Sa queue dure contre mes fesses, je cambre. Il entre d’un trait, brutal. ‘Putain, ta chatte serre comme une vierge.’ Je mords l’oreiller, cris muets. Coups de reins sauvages, peau qui claque étouffée. Odeur de sueur, de sexe, fenêtre embuée. Bruits dehors : cavalcade d’étudiants dans le couloir, rire idiot qui passe. On s’arrête net, corps figés, sa bite pulsant en moi. Ils s’éloignent. Il reprend, plus fort. ‘Jouis pour moi, salope de voisine.’ Doigts sur mon clito, je tremble, explosion sourde, jus qui coule. Il me remplit, grognement animal dans mon oreiller. On halète, collés, minutes qui s’étirent.
Il se retire, sperme tiède sur mes cuisses. ‘Va, avant qu’on nous capte.’ Je me rhabille vite, jupe froissée, jambes molles. Porte qui grince, couloir des mansardes vide, musique pulse faiblement chez un voisin. Descente prudente, escalier froid sous les pieds nus – j’ai oublié mes chaussures. Palier du troisième : porte de Serge close, silence. Deuxième : lumière des Faure éteinte, vieux du premier ronflent peut-être. Je traverse le couloir, cinq mètres qui durent une heure. Ma peau brûle encore, chatte endolorie, goût de lui en bouche. J’ouvre ma porte, verrouille. Miroir dans l’entrée : cheveux en bataille, lèvres gonflées, yeux brillants. Je suis redevenue Iolanda, la veuve gaie avec son accent roulant les r. Personne ne sait. Le boulevard gronde en bas, pluie fine. Je souris, déjà envie de recommencer.