L’ascenseur grince en s’arrêtant au cinquième. Minuit passé. Je sors, mes talons claquent sur le carrelage usé du palier. L’air sent le vieux bois et la pluie qui remonte des cours intérieures. La porte de Martin est là, à trois mètres de la mienne. Entrebâillée. Une invitation muette, comme ce carton qu’il m’a glissé au cocktail du quartier, il y a des semaines. ‘Frappe un coup, puis trois.’ Mon cœur cogne. Les voisins du dessous, les Dupont, regardent leur série, j’entends les rires en boîte depuis l’escalier.
Je frappe. Un coup. Pause. Trois autres, secs. La porte s’ouvre sur son visage masqué d’ombre. Smoking impeccable, comme sorti d’un rêve gainsbourgeois. Il ne dit rien. Me tend un loup noir. Je l’ajuste, les plumes effleurent mes joues. Son regard me transperce. ‘Entre, Anonyme.’ Sa voix basse, rauque, comme un ordre. Le couloir de l’immeuble s’étire derrière moi, vide, mais l’ascenseur bourdonne en descendant. Risque maximum. Je franchis le seuil. Il referme. Clic de la serrure. Son appart est un hôtel particulier miniature : moulures, velours rouge aux murs, lumière tamisée des appliques. Odeur de santal et de cuir. Comme si Paris entier se résumait à ce palier interdit.
L’Approche sur le Palier
On avance dans son couloir étroit. Ses doigts frôlent mon bras nu. Tension électrique. Par la fenêtre du salon, les lumières de la rue X scintillent, la limousine fantôme garée en bas. ‘T’as osé venir.’ Il murmure, lèvres contre mon oreille. Sa main glisse sur ma hanche, robe fendue qui remonte. Je sens sa chaleur. Le frisson de la proximité : ma porte à vingt pas, les voisins qui pourraient surgir. L’ascenseur s’arrête à nouveau. Bruit de pas ? On se fige. Rien. Juste mon souffle qui s’accélère.
Il me plaque contre le mur, près de la porte d’entrée. Sa bouche sur la mienne, vorace. Goût de champagne et de tabac. ‘T’es à moi ce soir.’ Ses mains déchirent presque ma robe. Je gémis, étouffé. ‘Chut, les Dupont.’ On rit nerveux. Il me soulève, jambes autour de sa taille. On bascule dans le salon. Divan profond, ombres dansantes des bougies. Vue sur la cour, où un chat miaule. Parfait pour le danger.
L’Explosion de Plaisir et la Disparition
Il me jette sur le velours. Robe relevée, cul nu à l’air. ‘Putain, t’es trempée.’ Sa voix basse, sale. Doigts en moi, rudes. Je mords mon poing pour ne pas crier. ‘Baise-moi fort, Martin. Mais tais-toi.’ Il sort sa bite, dure comme fer, veines saillantes. La frotte contre ma chatte. Lentement. Torture. Puis il pousse, d’un coup. Plein. Je griffe son dos. ‘Oui, comme ça.’ Hanches qui claquent, mais étouffées par les coussins. Sueur qui coule. Odeur de sexe cru, musqué. L’ascenseur vrombit encore. On accélère. ‘T’imagines si Mme Dupont frappe ?’ Il grogne, me pilonne plus profond. ‘Elle verrait sa voisine sage se faire démonter.’ Je jouis la première, spasmes violents, mordant son épaule. Jus qui gicle sur ses cuisses. Il suit, se retire, éjacule sur mon ventre. Chaud, épais. On halète, collés.
Dialogues sales chuchotés : ‘T’aimes le risque, salope de palier ?’ ‘Oui, remplis-moi encore.’ Corps qui tremblent. Sensations viscérales : sa queue qui pulse encore en moi, mes parois qui serrent, le velours râpeux sous ma peau brûlante. Bruits étouffés : nos souffles, le lit qui grince à peine, la télé des voisins qui couvre tout.
Il se redresse. ‘Va, avant qu’on nous grille.’ Je me rhabille, jambes flageolantes. Peau luisante de sueur et de sperme séché. J’ouvre la porte. Couloir désert. Trois mètres jusqu’à chez moi. Pas un bruit. Clé dans la serrure. Je rentre. Rideau tiré. Le feu entre mes cuisses pulse encore. Dehors, l’ascenseur descend. Je suis redevenue Anonyme, la voisine tranquille. Mais demain, au palier, nos regards se croiseront. Et le frisson reprendra.